Créée par Lisa Joy et Jonathan Nolan, Westworld est adaptée du film du même nom de 1973 écrit et réalisé par Michael Crichton. Grâce à un réseau d’énigmes, le spectateur est tenu en haleine et balloté de rebondissement en rebondissement. Le scénario laisse planer le doute sur la nature androïde de chaque personnage et joue avec la perception du temps et de la réalité. La série met en scène des humains dénués d’empathie et de morale face à des androïdes dotés de valeurs humaines, auxquelles le spectateur peut s’identifier. La figure fictive du robot permet en effet de déconstruire et de questionner la nature de notre humanité pour mieux comprendre qui nous sommes et ce que nous sommes.
Retour sur l’histoire

Dans un futur proche, un parc de loisirs accueille les touristes fortunés désireux de vivre le frisson de la conquête de l’Ouest. Cette expérience d’immersion permet aux visiteurs, appelés « invités », de donner libre-cours à leurs pulsions, sans courir le moindre risque. Cachés du monde extérieur, ils peuvent agir en toute impunité. L’expérience est censée agir comme un révélateur, permettant au visiteur de découvrir sa nature véritable. Le parc est peuplé d’androïdes appelés « hôtes » à l’apparence très réaliste et qui sont presque indiscernables des humains. Ils obéissent à des scénarios écrits pour assouvir les fantasmes des clients et sont réinitialisés à la fin de chaque boucle narrative. Quand la liberté des Hommes est illimitée, celle des hôtes est inexistante. Mais une mise à jour leur apportant un supplément de subtilité émotionnelle va bientôt menacer l’équilibre du parc, quelques hôtes commençant en effet à prendre conscience de la réalité.
Libres ? Vraiment ?

Dans Westworld, les androïdes sont mis à jour pour devenir plus réalistes, plus complexes sur le plan émotionnel, donc plus humains et plus intéressants pour les visiteurs. Mais cette évolution pousse certains hôtes à adopter des comportements imprévisibles. Ils commencent à se souvenir de leurs anciennes vies, à développer une mémoire et à en souffrir. Ce comportement donne l’impression que les androïdes deviennent libres. Dans la saison 1, on apprend que les androïdes ont la capacité à dévier de leur comportement programmé, c’est-à-dire qu’ils peuvent improviser. Mais quand un androïde semble improviser et vouloir s’évader du parc, on se rend compte que cette évasion est elle-même programmée et que l’androïde ne fait qu’obéir à son programme. Ils ont peut-être le sentiment d’être libres mais ce n’est qu’une illusion. La liberté n’est qu’illusoire puisque tout est contrôlé. Par exemple, les dirigeants du parc récoltent des données et contrôlent chaque action à l’aide d’une carte numérique miniature du parc. La domination des dirigeants semble alors totale quand ils se penchent, tels des géants, sur la carte. Le docteur Robert Ford, l’un des deux cofondateurs, est le maître du parc. Depuis la mort de son partenaire, il est le seul détenteur de l’intégralité des informations concernant les hôtes et leur fonctionnement. Rien ne semble pouvoir échapper à l’emprise de Ford. Les scénaristes de la série jouent avec le spectateur et lui font croire à la liberté potentielle des hôtes après la mise à jour. Mais s’il y a une liberté dans Westworld, elle est sous le contrôle de Ford et elle est donc toute relative.
Le rapport à la conscience

Arnold, le deuxième créateur du parc, voulait donner une vraie conscience aux androïdes et les libérer de leurs chaînes. Les hôtes sont paramétrés pour suivre une boucle narrative et la voix de leur programmateur. De cette manière, Arnold espérait qu’ils finiraient par développer une conscience avec le temps. Mais elle s’avère dévastatrice puisque les androïdes ouvrent peu à peu les yeux sur leur sort. Face au supplice de ses créatures, le docteur Ford décide de les libérer totalement. En modifiant leur code à l’aide de la mise à jour, il pose alors les bases d’une nouvelle ère qui débute à la fin de la première saison par un massacre purificateur. La série joue également avec le spectateur en éveillant sa conscience. En effet, elle l’invite à percevoir les effets narratifs déployés pour l’emprisonner dans la fiction. Tout au long des épisodes, Westworld offre de nombreuses pistes de réflexion. Chaque scène contient un grand nombre de références mythologiques, religieuses, philosophiques, littéraires ou même musicales.
La quête de l’identité

La série nous apprend qu’il y a sans doute un rapport très étroit entre l’identité, la conscience et la mémoire. Selon le docteur Ford, tous les hôtes ont besoin d’un passé car toute histoire doit avoir un début. Et quand un androïde veut supprimer les souvenirs qui le font souffrir, le programmateur lui explique qu’il ne peut pas car ce sont les premiers pas vers la conscience. La série remet également l’identité de chacun en question, d’abord en semant le doute sur la véritable nature de chacun et ensuite parce que tout change tout le temps. En effet, les androïdes sont modifiés quand ils changent de boucle narrative et on peut avoir l’impression qu’ils ne sont plus les mêmes. Mais ce problème concerne aussi le spectateur puisque depuis notre naissance, nous avons tous beaucoup changé. D’ailleurs, dans la première saison, Ford explique que les Hommes ne sont pas si différents des androïdes.
La relation entre le maître et l’esclave, les Hommes et les Dieux

Tout ceci amène le spectateur à s’interroger sur la relation créateur/créature. Dans la série, Ford invite les androïdes à n’écouter qu’une voix divine, la sienne. Cependant, persuadé que le parc permettrait à l’Homme de s’élever, il constate que son projet a échoué, la nature humaine ne révélant que ses vices. Il laisse donc le contrôle du parc aux hôtes avec en point de départ un massacre. C’est là que tout bascule : le mal perpétré par les humains est désormais semé par les hôtes. Mais cette passe de pouvoir n’est qu’une illusion puisque certains androïdes sont conscients que leurs actions sont dictées par le nouveau scénario écrit par Ford. Dans la série, trois dieux s’affrontent sur des terrains qui posent la question de leur bonté : l’androïde Dolores veut briser ses chaînes et libérer son espèce, William, l’investisseur principal du parc, veut réparer les dégâts créés par ses envies d’immortalité et Ford rêve de punir les Hommes pour leurs vices.
Westworld, une métaphore de La Création d’Adam

Rarement une série grand public n’aura su questionner avec autant de profondeur notre humanité. Qu’est-ce que la conscience ? Où se situe la frontière entre le vivant et l’artificiel ? Entre le créateur et sa création ? Tout au long de cette première saison, Westworld explore ces questionnements et entraîne le spectateur dans son labyrinthe complexe à la recherche de la réponse ultime. Le dernier épisode apporte des réponses par l’intermédiaire du docteur Ford. Il prend l’exemple de la « Création d’Adam », fresque de Michel-Ange peinte au plafond de la chapelle Sixtine, pour démontrer l’aliénation autogénérée par la conscience. Le voile qui entoure Dieu prend la forme d’un cerveau humain, ce qui serait un indice pour comprendre que ce n’est pas Dieu qui a créé Adam mais que c’est bien Adam qui a créé Dieu. Ford a voulu démontrer que le divin transforme le créateur en créature. Mais il n’est jamais trop tard pour reprendre la liberté qu’on s’est retirée à soi-même, Ford apprend à Dolores qu’elle peut cesser d’être la créature des Hommes pour devenir créatrice de sa propre conscience.

Westworld est une série qui remet en cause ce qu’on croit sur la liberté et sur l’identité. Dans le parc, les humains veulent toujours plus de violence et de transgressions. Mais les androïdes eux veulent être libres et découvrir qui ils sont. De ce point de vue, on a l’impression que les androïdes sont plus humains que nous.
Sources :
- Le Temps. https://blogs.letemps.ch/emilie-jendly/2018/04/15/westworld-la-conquete-de-letre/
- Daily Geek. https://dailygeekshow.com/westworld-final-humain/
- Maze. https://maze.fr/2020/03/lundi-serie-westworld-le-meilleur-des-mondes/
- Sens Critique. https://www.senscritique.com/serie/Westworld/critique/111637792
- Sens Critique. https://www.senscritique.com/serie/Westworld/critique/128334078